Il y a eu cette bourrasque, un coup de vent, mon écharpe envolée. Tombée dans une flaque. Mouillée.
Il y a eu le cours de maths, toujours. Le vendredi, pas joli.
Il y a eu la cantine, pas obtenu de ma mère de ne plus y manger. Infect. Raviolis, baigneurs sans bras plombés dans un jus orangé.
Il y a eu le métro. Cet homme, édenté, les yeux trop secs d'avoir dormi dehors.
Il y a eu l'appel d'Ernesto, sa 4L en panne, lui, désemparé. Elle était devenue une amie.
Et il y a eu ce rendez-vous. Nous quatre, autour d'une table en zinc. Toi, Amos, le coeur brisé. Zik, ton ange des toits pas encore oublié. Et toi, Satya, le regard perdu vers une fille prisonnière dans un monde trop blanc.
Ben vous savez quoi, les Cerises ? Après, ça allait mieux.
Envolée, la bourrasque, l'odeur d'écharpe mouillée. Disparu le cours de maths et ses trous insondables, la cantine et l'écho des fourchettes qui bataillent avec l'inox des éviers, mis de côté, le regard de l'homme, le désarroi d'Ernesto. J'avais retrouvé ma ligne de vie.
Putain, les Cerises, quatre cerises qui se sont trouvées, vu l'infini de l'univers, c'est quelque chose, hein ?

©Photo : Nasa.